Quand la maison se vide

Le syndrome du nid vide

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours voulu avoir des enfants. Plein d’enfants. La maternité n’a jamais été une option secondaire dans ma vie. C’était une évidence. Et parce que j’ai une histoire de vie particulière, je me suis jetée à corps perdu dans ce rôle. Être mère n’était pas seulement une fonction. C’était un engagement total.

Ces années-là ont été parmi les plus belles de ma vie. Intenses, bruyantes, fatigantes, débordantes… mais profondément vivantes.

Pendant des années, je leur disait parfois en riant : « Quand vous serez tous partis, je serai enfin tranquille. » La maison était pleine de bruit, de sacs d’école, de lessives, de disputes, de grandes tablées et de rires. J’étais fatiguée, souvent débordée, et je pensais sincèrement que le calme me ferait du bien.

Puis ils sont partis…. Un à un… Naturellement. Comme il se doit. On n’élève pas des enfants pour soi. On les élève pour qu’ils s’envolent.

Et quand la maison s’est vidée, je me suis retrouvée face à un silence que je n’avais pas anticipé. Je croyais vouloir le calme. En réalité, j’aimais le bruit. J’aimais cette vie qui déborde.

Pendant des années, je ne m’étais jamais demandé comment rythmer mes journées. Mes enfants le faisaient pour moi. Le lever, les douches, les petits-déjeuners, l’école, les allers-retours au hand ou au judo, les repas à préparer, les devoirs, les urgences du quotidien. Tout tournait autour d’eux. Mon identité s’était construite là, sans que j’en aie vraiment conscience.

Et du jour au lendemain, plus rien….

Je me levais le matin sans savoir quoi faire. Je me suis sentie démunie, presque comme une enfant. Non pas parce que je n’avais rien, mais parce que plus personne n’avait besoin de moi à 8h05 précises.

Bien sûr, mes enfants m’appelaient encore. Nous avons un lien fort. Ils prenaient de mes nouvelles et parfois me sollicitaient encore pour les petits tracas de leur vie. Je suis toujours leur mère. Mais au quotidien, ils n’avaient plus besoin de moi comme avant , et encore heureux !

Puis un jour, ma fille Sehria m’a envoyé un article. « Maman, lis ça , tu n’es pas folle c’est ça qui t’arrive . Ton état a un nom . Ça s’appelle le syndrome du nid vide. » Je me suis mise à chercher, à lire, à essayer de comprendre. Et je me suis demandé : qu’est-ce que c’est exactement, ce fameux vide ?

Ce que j’ai découvert m’a profondément apaisée.

Le syndrome du nid vide n’est pas une maladie. Ce n’est pas un diagnostic. C’est une réaction à une transition majeure. J’ai compris que pendant des années, mon identité s’était construite autour d’un rôle central : celui de mère au quotidien. Les horaires, les repas, les décisions, les inquiétudes, les urgences petites et grandes , tout tournait autour de cette mission. Je ne m’en rendais même plus compte. C’était devenu ma structure.

Et puis ce rôle a changé.

Je ne cessais pas d’être mère, bien sûr. Mais je cessais d’être nécessaire chaque jour. Ce n’était plus moi qu’on appelait pour savoir quoi manger le soir, quoi mettre dans le sac, comment résoudre un petit drame du quotidien. Le vide n’était pas seulement l’absence de bruit. C’était la fin d’une intensité, la fin d’un rythme, la fin d’une identité telle que je la connaissais.

J’ai aussi compris que beaucoup de femmes traversent cette période avec de la tristesse, une fatigue inhabituelle, parfois une perte de repères. Et que cette transition coïncide souvent avec une autre saison : celle où le corps change lui aussi. La ménopause arrive parfois dans le même espace-temps, avec des nuits plus difficiles, une énergie différente, un métabolisme qui ralentit, une sensibilité émotionnelle plus forte. Les transformations intérieures se superposent, et tout peut sembler plus lourd.

Tout à coup, tout prenait sens pour moi.

C’est à cette période que ma santé s’est fragilisée. J’ai pris beaucoup de poids. Je suis tombée malade. Je me suis sentie moins bien. Avec le recul, je comprends que je compensais quelque chose que je n’avais pas encore nommé. Je croyais que je m’étais laissée aller. Aujourd’hui, je sais que je traversais une saison difficile, sans repères, sans mots, sans mode d’emploi.

Il m’a fallu presque quinze ans pour m’en sortir. Quinze ans pour comprendre, pour accepter, pour reprendre doucement mon corps, mon énergie, ma place. Je suis juste en train de m’en sortir. Et rien que l’écrire, c’est encore très émouvant.

Je suis profondément fière de ne pas avoir abandonné.

Avec le temps, j’ai aussi compris autre chose. Je vous explique : 

Quand Zoé ma dernière est née, j’ai commencé à créer une activité. J’ai d’abord revendu des cosmétiques naturels, puis j’ai lancé ma marque. Je ne l’analysais pas ainsi à l’époque, mais je crois qu’une partie de moi pressentait qu’il faudrait un jour que je construise autre chose, pour qu’il me reste un chemin, une structure, une place à moi, quand la maison se viderait.

Et quand j’ai commencé à publier, à transmettre, à créer, j’ai reçu une autre forme de reconnaissance. Quand des femmes me disaient : « Tes crèmes sont merveilleuses », « Ça me fait du bien », « Tu m’as appris quelque chose », je retrouvais une sensation qui m’avait manqué sans que je le comprenne : me sentir utile. Dans mes ateliers, je les voyais repartir fières, autonomes, capables de refaire chez elles. Et à travers mes soins, mon travail, ma transmission, je retrouvais cette notion essentielle pour moi : partager, prendre soin, aider les autres à aller mieux.

Avec le recul, je peux le dire simplement. Huiles & senteurs et Mama Herbalista n’ont pas seulement été des projets. Ils ont été ma thérapie.

Créer m’a obligée à me lever. À structurer mes journées. À tester des rituels qui m’aidaient moi aussi, dans ma perte de poids, dans ma dépression, dans mon rapport à mon corps, dans ma manière d’habiter la vie. Ce que je transmettais aux autres, je me l’appliquais à moi. Chaque recette, chaque soin, chaque rituel était aussi une manière de me réparer.

Je ne me suis pas lancée seulement pour entreprendre. Je me suis lancée pour continuer à vivre pleinement.

Aujourd’hui, à 61 ans, je continue à créer. Je continue à apprendre. Je continue à croire. Je ne me suis pas laissée faire. La Valérie d’il y a quinze ans, je crois qu’elle me regarderait et qu’elle dirait : « Valé, comme d’habitude, tu ne t’es pas laissée faire. Tu t’es bagarrée. »

Si vous aussi traversez cette saison, si la maison s’est vidée et que vous ne reconnaissez plus le rythme de vos journées, sachez que vous n’êtes pas seule. Si vous vous levez le matin en vous demandant quoi faire de votre temps, si votre corps change sans que vous compreniez pourquoi, cela ne signifie pas que vous êtes faible. Cela signifie que vous êtes en transition.

On nous prépare à devenir mères. On nous parle peu de ce que cela fait quand ce rôle change.

Les saisons de la vie ne sont pas des fins. Ce sont des passages. Et parfois, c’est dans l’automne que l’on plante les plus belles graines.

Continuez à faire ce qui vous fait du bien.

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